CARRETERA AUSTRALE

Après les superbes paysages de la Patagonie, nous voilà rendus une nouvelle fois au Chili avec notre petit van. Les frontières ne changent rien à la beauté des paysages qui nous entourent tout au long des kilomètres que nous avalons à une vitesse fulgurante de 80 km/h.
Nous roulons à 80 km/h non pas parce c’est la limite de vitesse autorisée sur ces longues lignes droites, ni parce que la puissance de notre van est insuffisante pour nous transporter tous les deux et nos bagages mais parce qu’il nous est arrivé une petite aventure dès notre départ du Fitz Roy.
Allé, une fois n’est pas coutume, je raconte notre vie pour t’expliquer ces moments mémorables.
Nous partons littéralement conquis par nos quelques jours passés au cœur du Parc du Fitz Roy et décidons de revenir côté Chilien afin de parcourir la célèbre Carretera Australe. Moral à 100% propre et un nouvel objectif en vu, tout va pour le mieux. Sandwichs du midi engloutis, préparation de thé dans le thermos, plein de cookies, nous repartons dès la fin notre randonnée du Viewpoint Fitz Roy, prêts à en découdre avec cette première partie de route reliant El Calafate à Puerto Rio Chico – premier petit village côté Chilien et début de notre nouvel objectif : la Carretera Austral.
Départ à midi histoire de se laisser au moins six heures de route de jour – sachant qu’au pire la première ville est à 200km – première bonne idée de la journée. Au bout de 40km de route plutôt sympa – bitume sans nid de poule et ligne droite à perte de vue – un petit arrêt au stand pour faire le plein d’essence, deuxième bonne idée de la journée. A seulement 2km de là, nous tombons nez à nez avec quelques bidons d’huile posés au milieu de notre voie. Bon bein nous les contournons puisqu’il n’y a pas écrit « route barrée » ni quoi que ce soit nous indiquant que, ce moment où nous avons encore le choix de faire demi tour était crucial pour le reste de notre journée. A une dizaine de kilomètre, la route si bien asphaltée se transforme en piste formée de graviers bien damés puis nous passons un panneau annonçant 72km de travaux. Nous commençons à comprendre pourquoi il y avait des bidons au milieu de la route, mais la route, enfin la piste désormais, n’est pas si pire et puis on a dit qu’on était large au niveau du temps. Moral = 80% parce que la journée risque d’être longue.
Après quelques minutes et une légère côte ça se complique. A ce moment, c’est Léa qui conduit, le gravier a disparu soudainement de la piste et la boue argileuse commence à devenir omniprésente. Ça commence à chasser de l’arrière train et ma pilote de rallye préférée commence à paniquer parce sa spécialité c’est le col de la Bonnette mais pas le Paris-Dakar. On lâche le volant et ça commence à crier de panique alors on calme le jeu, on s’arrête et je reprends le volant.
C’est l’instant fatidique où l’on reste là 5min et où nous entamons un brainstorming afin de déterminer la suite de notre journée – après avoir calmer les esprits bien sûr. A ce moment, faire demi tour est encore envisageable mais nous rallongerait de 2 jours notre route pour arriver à destination. Continuer sur cette route nous ferait quand même bien gagner du temps car selon nos estimations il ne resterait “que” 60km avant de sortir de la zone de travaux.
On décide finalement de continuer sur cette route sans avoir la moindre idée de son état. Jusque là, ça ne faisait qu’empirer mais nous suivons notre devise “aller toujours de l’avant quelque soit les conséquences”. En fait je viens de l’inventer parce que sur le coup on ne faisait pas les malins. Et ça continue encore et encore, c’est que le début …. C’est reparti, on relance la bête et la route semble s’améliorer. J’ai dit semble parce qu’on retombe sur un champs de boue que nous passons difficilement mais notre petit van ne tient pas à nous laisser échouer au milieu de nul part. Première grosse frayeur parce on pensait vraiment rester coincer là.
Puis ça redevient à peu près circulable, la neige sur le bas côté est plus stable que la piste boueuse déjà bien circulée par quelques 4×4 à qui ça ne fait pas peur de traverser ces champs de boue. Puis vient l’instant critique où une nouvelle légère côte se présente devant nous, suivie d’un virage à 35° – selon mes estimations. On garde l’élan que nous avons puis on prie pour passer cette nouvelle épreuve. A ce moment, on perd tout contrôle du véhicule, on se plante dans les ornières géantes creusées par les 4×4 et on avance tant bien que mal sans avoir la possibilité de sortir de ce rail. Les ornières sont tellement profondes que l’on racle toute la boue avec notre bas de caisse. Quand un obstacle vient nous barrer la route. Une énorme boule d’argile est posée face à nous, entre les deux ornières. Impossible de faire demi tour et c’est à ce moment précis que l’on regrette de ne pas avoir fais machine arrière aux premiers signes qui se sont présentés à nous. Moral en chute libre = 25% et la panique refait surface. « Qu’est ce qu’on va faire maintenant? On va mourir congelé ici? Pourquoi on n’a pas fait demi tour? Ils sont cons ces Chiliens, pourquoi ils mettent pas un panneaux “route impraticable”? On va mourriiiiiiiiiirr…. »
Je demande à Léa de bien vouloir aller pousser la boule de terre du milieu mais impossible. Elle est comme collée au sol et trop lourde pour la déplacer. La devise que je viens d’inventer prend tout son sens à partir de ce moment là. Je décide de foncer dedans, après tout, si c’est de l’argile c’est mou et elle va s’aplatir. Premier impact, ça ne fait pas grand chose mais comme on n’a pas le choix on recommence jusqu’à passer par dessus. Le problème c’est qu’on reste coincés dessus et les roues patinent dans la bouillasse. On ne va jamais s’en sortir ! Moral = 5% mais il ne faut pas le montrer parce que la panique à tendance a avoir une courbe inversement proportionnelle au moral. Tout va bien, on ne va pas mourir… aujourd’hui… Après un nombre incalculable de marche arrière puis marche avant on réussi à se dépêtrer de ce calvaire et à finalement sortir de ces ornières qui prenaient fin au bout du virage. Moral = 20%. On reprend la technique de rouler sur la neige située sur le bas côté en espérant de jamais avoir à réitérer l’exploit que nous venons de réaliser. On regarde le GPS et selon nos estimations pessimistes, il nous resterait environ 55km avant de sortir de la zone de travaux. Moral = 10%. A partir de ce moment se seront les 55km les plus longs de toute notre vie. Crispé sur le volant, les yeux écarquillés afin de trouver le meilleur chemin sur cette large piste et éviter de retomber dans un piège mortel.
La nuit tombe, et nous n’en sommes toujours pas sortis. Cela devient de plus en plus compliqué d’éviter les pièges et la fatigue est bien présente. Quand soudain, nous apercevons un panneaux indiquant la fin de la zone de travaux. Moral = toujours 10% parce qu’on est épuisé et que la ville est encore à 1 heure de route.

Mais la route au bitume nous soulage énormément et nous sommes fiers d’être sortis indemne de cette épreuve. En revanche, notre van lui, est totalement recouvert de boue et nous comprenons à quel point se fut compliqué pour lui aussi quand nous atteignons la modique vitesse de 60km/h. A ce stade le volant se met à trembler et nous avons l’impression d’avoir casser quelques chose. Après vérification, la boue s’est insinuée absolument partout et nous pensons que c’est ce qui fait entrer la caisse en vibration. On verra ça plus tard, nous avons hâte d’arriver à notre campement du soir pour une bonne nuit de repos

Bref, tout ça pour quoi ??? Rejoindre la Carretera Australe. Longue de 1240km, la Route 7 – son autre petit nom – a été progressivement ouverte à la circulation à partir de 1988. Dans la continuité de la célèbre Panaméricaine elle relie Puerto Montt à Villa O’Higgins en Patagonie. En 2008, seulement 50% de la Carretera était recouvert d’asphalte. Depuis, quelques tronçons supplémentaires ont été réalisés mais nous sommes encore loin du 100%.

 

Puerto Rio Tranquilo

Le premier arrêt que nous avions prévu est consacré à la visite des Cathédrales de Marmol. Marmol en espagnol, signifie « marbre ». Alors rien à voir avec la Basilique Saint Pierre, si ce n’est un point commun, le site que nous allons visiter est totalement fait de marbre blanc. C’est le même type de marbre que celui de Carrare sauf que celui-ci a été entièrement sculpté par le temps.
Pour s’y rendre il suffit juste de prendre l’un des petits bateaux qui nous attendent pour partir – coût de l’excursion 10 000 CLP par personne. Timing parfait, on saute dans la barque et c’est parti. Après une bonne demi heure de bateau nous arrivons aux fameuses formations rocheuses créées de toute pièce par le vent et l’érosion des vagues du lac d’un bleu profond.
Nous passons dans une première salle formée par plusieurs voûtes plongeant leurs piliers au fond de l’eau. La lumière du jour ne rend pas honneur à ce lieu car par beau temps le bleu turquoise rendu par les rayons lumineux réfractés sur l’eau donnent des couleurs incroyables à ces fameuses salles. Ce n’est pas tout à fait ce que nous avons pu observer ce jour là mais le travail de nature nous laisse de marbre.
Puis l’on passe devant une panoplie de sculptures et créations représentant des animaux ou des arbres.
Pour enfin arriver dans le cœur de la Cathédrale de Marmol. D’abord, nous la voyons de loin avant de pénétrer dans sa nef.
Je pense que pour apprécier pleinement ce lieu nous aurions eu besoin que le soleil passe au dessus du lac, ce qui n’a pas été le cas et ces conditions n’aident pas à sublimer cette merveille de la nature puisque nous sommes à contre jour.
En route vers notre seconde étape, le Glacier Ventisquero Colgante.

 

Ventisquero Colgante

Ce qu’on ne savait pas avant d’attaquer cette route mythique qu’est la Carretera, c’est la qualité du revêtement. C’est après quelques heures passées en direction du glacier que nous nous posons la question. C’est à ce moment là – en feuilletant la page du routard qui mentionne ce détail important, mais trop tard – que nous avons compris que le voyage allait être plus long que prévu ! On passe de pistes bien damées, à des champs de nids de poules remplis d’eau jusqu’au ballast SNCF. On pense à notre van qui s’en est sorti in extremis et à qui nous faisons subir un traitement digne des meilleurs 4×4.
Le glacier du Ventisquero est situé dans le parc national qui porte le même nom. Le temps ce jour là n’est pas idéal non plus mais nous nous trouvons dans la région la plus pluvieuse du Chili. Alors nous nous lançons quand même dans une petite randonnée en sous bois pour atteindre le mirador faisant face à ce glacier coincé entre les flans de montagne et duquel s’écoule un long filet d’eau venant nourrir le lac en contre bas. L’ambiance est un peu mystique avec cette brume constante. La vue sur le glacier est impressionnante et on se demande qu’est-ce qu’il fait là entre forêt et montagnes.
Nous reprenons une nouvelle fois la route. Nous nous sentons absolument seul dans cette partie du monde car nous ne croisons quasiment personne. La route est longue et éprouvante – pas que pour les amortisseurs de notre van – nous trouvons le temps long et le paysage ne se dévoile pas de cette brume ambiante et cette fine pluie qui nous suit depuis quelques jours. Mais nous allons de surprise en surprise sur cette piste légendaire, ce qui nous permet de varier les plaisirs. En effet, à un moment donné, nous arrivons au bout de la piste qui s’arrête face à un lac. Bon là clairement, pas d’autre choix que de prendre les ferries qui traversent les fjords. On a l’impression de se retrouver sur la traversée entre Picton et Wellington en Nouvelle Zélande. J’ai dit « les ferries » parce qu’en fait il y en a trois à prendre pour passer cette partie du Chili qui ne comporte aucune route. Nous commençons par un premier bateau de 50min suivi de quelques kilomètres de piste avant de remonter à bord d’une seconde embarcation pour une traversée d’environ quatre heures. De là on se dit que c’est fini le bateau mais en regardant les cartes nous voyons qu’il en reste un dernier avant la grande ligne droite vers la grande ville la plus proche. Cet ultime ferry nous aura fait attendre un long moment avant de pouvoir enfin embarquer les dizaines de véhicules qui nous précèdent. C’est à la nuit tombée que nous embarquons pour notre dernière traversée. Cette journée n’aura pas été très efficace en terme de distance parcourue mais nous arrivons au bout de cette épopée tard le soir à Puerto Montt.
Info utile : Si jamais après avoir lu ce blog, tu te dis « tiens si j’allais visiter ce coin du pays souvent oublié des touristes », voici un précieux conseil que je te donne : Vérifies les horaires de traversée sur internet avant de te présenter à l’embarcadère. En effet, les horaires varies régulièrement et tous les ferries sont fait pour s’enchaîner. Ainsi si tu rates le coche du premier, ta journée est fichue et il faut attendre le jour suivant. Le coût de la traversée est relativement cher, environ 65€ pour la voiture et deux passagers.

 

Volcan Osorno

La Carretera Australe s’achève bien à Puerto Montt mais nous avons fait un petit écart en direction du volcan Osorno situé à l’Est de la ville. C’est le long d’une rivière tumultueuse et face au volcan que nous posons notre maison roulante pour la nuit.
Après une bonne nuit sans pluie, nous rejoignons l’entrée des Saltos de Petrohue. Cet enchaînement de cascades se terminant en rapides fougueux, nous offre encore une fois un spectacle naturel magnifique. Au petit matin nous sommes presque seuls sur le site et attendons la sortie des rayons du soleil par dessus les montagnes afin de sublimer un peu plus le paysage. La clarté de l’eau est incroyable et la vue dégagée sur le Volcan Osorno rend le lieu encore plus beau.

One Comment

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  1. Ambiance !! beau récit !
    Après coup ça vous laissera des souvenirs d’aventure !!

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